La lettre de Gianni Infantino qui veut calmer la crise sans céder le pouvoir
Football international

La lettre de Gianni Infantino qui veut calmer la crise sans céder le pouvoir

✍️ fast_foot📅 22 Sep 2026⏱️ 5 min de lecture

La lettre de Gianni Infantino adressée lundi 21 septembre aux membres du Conseil de la FIFA et aux 211 fédérations membres ressemble à un geste d’apaisement. Après l’échec du projet FIFA Forward Enterprise, le président de l’instance propose une évaluation externe et indépendante de la gouvernance des grandes décisions stratégiques. Mais le courrier ne contient ni annonce de départ ni remise en jeu de son autorité. C’est toute l’ambiguïté de cette nouvelle étape dans la crise qui secoue la FIFA.

Infantino reconnaît que le projet a été rendu public avant d’avoir suivi le processus institutionnel prévu. Cette formulation est importante : elle admet un problème de méthode, sans renoncer à l’objectif poursuivi. La FIFA continuera, selon lui, à chercher de nouvelles ressources pour financer le développement du football et la solidarité entre ses fédérations. Le président tente donc de déplacer le débat : il ne s’agit plus de défendre le montage abandonné, mais de restaurer la confiance dans la manière de prendre les décisions.

Documents et dirigeants autour d’une réunion consacrée à la gouvernance de la FIFA

La lettre de Gianni Infantino propose une réponse institutionnelle

Le point central du courrier est la possibilité de commander une évaluation indépendante du cadre de gouvernance de la FIFA pour les initiatives stratégiques majeures. Infantino veut également proposer une consultation structurée et limitée dans le temps avec les confédérations, les associations membres et les autres parties prenantes.

Sur le papier, cette proposition répond directement aux critiques nées autour de FIFA Forward Enterprise. Le projet prévoyait l’ouverture du capital d’une société commerciale contrôlée par la FIFA à des investisseurs privés, avec l’idée de valoriser les droits de compétitions comme la Coupe du monde. Présentée trop tôt, cette initiative avait nourri la crainte que des décisions majeures puissent être préparées en dehors des instances habituelles. La FIFA a finalement retiré le projet après les réactions négatives et les menaces de boycott.

La lettre ne revient toutefois pas sur tous les points qui ont alimenté la contestation. Elle ne promet pas, à ce stade, la publication de l’ensemble des documents liés au projet. Elle ne répond pas non plus directement aux demandes de responsables fédéraux qui souhaitent clarifier les échanges internes et les responsabilités de chacun. L’évaluation annoncée dépendra d’abord de la décision du Conseil de la FIFA.

Une ouverture calculée avant le Conseil du 15 octobre

Le calendrier donne à cette initiative une portée politique particulière. Le Conseil de la FIFA doit se réunir le 15 octobre. Cette rencontre sera l’une des premières occasions de mesurer le rapport de force depuis le retrait de FIFA Forward Enterprise. Plusieurs dirigeants européens ont pris leurs distances avec Infantino, tandis que l’UEFA et d’autres confédérations ont demandé des changements dans la direction de l’instance.

Le président conserve cependant des soutiens importants dans d’autres régions du football mondial. La lettre s’adresse donc à l’ensemble des fédérations et insiste sur l’égalité de leur voix, quelle que soit leur taille ou leur puissance commerciale. Ce rappel peut être lu comme une volonté de reprendre la main sur le récit politique : Infantino cherche à apparaître comme le garant de l’unité de la FIFA plutôt que comme le responsable d’un projet contesté.

Le choix des mots confirme cette stratégie. Le président affirme que les processus démocratiques, l’indépendance et l’autorité sportive de la FIFA n’étaient pas à vendre. Il soutient aussi que le projet n’était qu’une proposition, soumise aux validations nécessaires. Cette défense lui permet de reconnaître les inquiétudes provoquées par la méthode tout en contestant l’idée que le contrôle sportif de la FIFA aurait été menacé.

Une réforme de la FIFA, mais pas de changement de président

La limite de la lettre apparaît dans ce qu’elle ne propose pas. Infantino indique rester pleinement engagé à la tête de la FIFA et affirme vouloir continuer son action. L’évaluation indépendante concernerait donc le fonctionnement de l’institution et la préparation des grands projets, pas la position du président lui-même.

Cette nuance sera déterminante à l’approche de l’élection présidentielle prévue en mars 2027. Infantino vise un quatrième mandat et reste, à ce jour, le seul candidat à avoir publiquement annoncé son intention de se représenter. Ses adversaires disposent encore de temps pour présenter une alternative, mais la crise autour de FIFA Forward Enterprise a déjà modifié le paysage politique de l’instance.

La lettre peut ainsi être interprétée comme une tentative de gagner du temps avant le prochain rendez-vous du Conseil. Elle offre une piste de sortie institutionnelle aux fédérations mécontentes, sans accorder immédiatement les concessions les plus sensibles : accès aux documents, clarification des responsabilités et éventuelle remise en cause de la direction.

La prochaine étape sera donc moins la promesse d’une réforme que sa traduction concrète. Si le Conseil accepte réellement une évaluation indépendante, avec un mandat clair et un calendrier public, Infantino pourra présenter sa lettre comme le début d’une refondation. Si la consultation reste contrôlée par les mêmes dirigeants et ne débouche sur aucune transparence supplémentaire, le courrier risque au contraire d’être perçu comme une réponse de communication à une crise de gouvernance.

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fast_foot

Journaliste football chez Vestiaire News. Passionné par le beau jeu et les tactiques.

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